
La mission de l’Estée Lauder Emerging Leaders Fund est de former une nouvelle génération de leaders qui redéfinissent le leadership. Omi Bell, fondatrice de Black Girl Ventures, l’un des partenaires bénéficiaires d’une subvention du Fonds, fait partie de ces leaders.
« Quand je pense à Estée Lauder et à Black Girl Ventures, je pense immédiatement au leadership et aux personnes qui font bouger les choses…Ensemble, nous aidons les femmes à s’affirmer en tant que leaders. Le parcours de Mme Estée Lauder et cette idée de croire suffisamment en soi et de se percevoir d’une certaine façon sont exactement ce qui permet de passer au niveau supérieur », explique-t-elle.
Mère de trois enfants, entrepreneure en série et femme convaincue par-dessus tout du pouvoir de la communauté, elle incarne parfaitement l’idée de réussir tout en aidant les autres à progresser. On ne saurait sous-estimer l’impact de son travail, qui consiste à faire profiter les autres de sa réussite en mettant l’accent sur les femmes noires — surtout lorsque les statistiques montrent qu’aux États-Unis, les femmes noires créent des entreprises à un rythme six fois supérieur à la moyenne nationale, mais reçoivent moins de 1 % du capital-risque.
Nous nous sommes entretenus avec Omi pour découvrir comment elle s’est lancée dans ce travail aussi essentiel qu’inspirant et comment elle se perçoit en tant que leader.
Votre parcours est vraiment remarquable! De l’informatique à l’enseignement, puis à l’entrepreneuriat : selon vous, comment chaque chapitre de votre vie a-t-il contribué à vous mener là où vous êtes aujourd’hui?
Il arrive que des personnes qui quittent leur emploi ou un projet auquel elles ont consacré beaucoup de temps aient l’impression de repartir de zéro. Mais je leur dis souvent : « Vous ne recommencez pas à zéro. Vous repartez de là où vous êtes. » Et vous emportez avec vous toute l’expérience de vie acquise en chemin. Être mère, par exemple, permet de développer un excellent sens de la stratégie et la capacité de jongler avec de nombreuses responsabilités et de les gérer simultanément. Lorsqu’on étudie, on apprend à accomplir des tâches et à faire des liens entre de nouvelles idées. À chaque étape de mon parcours, j’ai donc toujours cherché à obtenir des résultats.
J’ai eu mon premier enfant à 17 ans et mon deuxième à 21 ans. Obtenir des résultats est devenu une seconde nature. J’ai vécu de nombreuses vies. J’ai enseigné de la maternelle à la fin du secondaire. J’ai travaillé dans le domaine du développement de la main-d’œuvre. J’ai également travaillé pour l’Office des brevets et des marques de commerce. Mais je crois que ce sont surtout mes études en informatique qui m’ont appris à penser de manière systémique, puis, plus tard dans ma carrière, ma pratique de la poésie-performance, qui ont eu le plus d’influence sur mon parcours.
Monter sur scène et se produire devant un public est un véritable apprentissage de la façon de susciter des émotions et de créer un élan positif. Sur scène, c’est véritablement l’énergie que l’on dégage qui permet de captiver toute une salle. Ces deux chapitres de ma vie ont joué un rôle déterminant : ils m’ont appris à créer des systèmes tout en restant authentique, à mobiliser les gens autour d’initiatives concrètes et à dire la vérité au pouvoir.
Qu’est-ce qui vous a amenée à créer Black Girl Ventures?
C’est mon expérience personnelle, conjuguée au fait de découvrir que, statistiquement, j’étais loin d’être la seule dans cette situation. Lorsque j’ai créé l’entreprise que je dirigeais avant BGV, ma mère a été ma première investisseuse. Elle m’a donné 10 000 $ provenant de son épargne-retraite pour m’aider à lancer mon atelier d’impression. De mon côté, j’ai utilisé mes remboursements d’impôt pour acheter mes propres machines. Je connais donc très bien les difficultés liées à l’accès au capital. Dans les communautés sous-représentées, la majeure partie du capital utilisé pour démarrer une entreprise est du capital gagné, c’est-à-dire de l’argent provenant de son emploi ou de son épargne-retraite. Dans certains groupes sociaux et ethniques plus privilégiés, en revanche, il est possible de bénéficier d’un patrimoine familial transmis d’une génération à l’autre. Comme je n’avais pas accès à ce type de capital et que je devais financer mon entreprise essentiellement par mes propres moyens, j’ai dû me retrousser les manches et me lancer à fond pour la développer.
Puis, j’ai appris que les femmes noires créaient des entreprises à un rythme six fois supérieur à la moyenne nationale, tout en recevant moins de 1 % du capital-risque. Lorsque j’ai entendu ces chiffres, je me suis dit : « Premièrement, je ne suis pas la seule. Deuxièmement, qu’est-ce que je peux faire pour changer les choses? » J’ai donc réuni mon expérience en mobilisation communautaire et mon expérience de femme d’affaires pour créer ce qui, au départ, était essentiellement un brunch : des femmes venaient y présenter leur entreprise. Je faisais payer un droit d’entrée, les participantes votaient et la gagnante recevait le capital ainsi recueilli.
C’est formidable de voir qu’une initiative née d’un besoin que j’avais d’abord vécu personnellement, puis compris à travers les statistiques, est aujourd’hui devenue un véritable moteur de changement et un mouvement qui vise à donner aux femmes noires et aux autres femmes racisées, aux États-Unis et ailleurs, un meilleur accès au capital, aux ressources nécessaires à leur développement et à une communauté sur laquelle elles peuvent compter.
Nous accompagnons plus de 20 000 femmes à travers le monde. Des personnes de plus de 64 pays ont recours aux ressources de Black Girl Ventures, et nous avons financé directement plus de 400 propriétaires d’entreprise.
Quel genre de leader êtes-vous? Comment vous décririez-vous en tant que leader?
Je définirais mon style de leadership comme radical, mais diplomate. L’empathie est une chose, mais si je l’associe à cette volonté de bousculer les choses avec diplomatie, on obtient, je crois, une forme de leadership audacieuse : savoir dire la vérité au pouvoir, tout en restant sensible aux réalités individuelles. Il s’agit de comprendre à la fois les défis à petite et à grande échelle auxquels différentes communautés sont confrontées, mais aussi de savoir regarder au-delà de l’instant présent et anticiper ce qui se profile. Une grande intuition est essentielle.
Qu’est-ce qui alimente votre passion pour votre travail?
Voir les autres réussir et faire partie d’une communauté est également très important. Avant même BGV, lorsque je développais mon entreprise, j’avais tendance à travailler seule, la tête dans le guidon. J’ai fini par comprendre que cette façon de faire ne permettait pas d’élargir son réseau ni d’accéder à davantage de sources de financement. Apprendre des autres et évoluer au sein d’une communauté me donne aussi énormément d’énergie. Voir des réussites qui pourraient contribuer à changer le monde de demain – pour ma fille et pour toutes les filles à travers le monde – nourrit profondément la raison pour laquelle je fais ce que je fais.
Quelle influence votre héritage culturel a-t-il eue sur votre rapport à la beauté?
Mon héritage culturel et mon expérience en tant que femme noire aux États-Unis ont apporté leur lot de défis, notamment en ce qui concerne mes cheveux et le cheminement qui m’a amenée à considérer mes cheveux comme beaux. Il m’est arrivé de douter de moi et de me demander si mes cheveux naturels étaient suffisamment beaux. Au fil des années, j’ai également connu des difficultés liées à l’image corporelle. Je me demandais : « Mes courbes naturelles sont-elles acceptées? Si j’ai quelques rondeurs ici et là, est-ce qu’on me trouvera belle? » Mais grâce à des exercices visant à renforcer ma confiance en moi et à de l’accompagnement, je me sens aujourd’hui belle telle que je suis. Je suis une leader authentique et empathique, et cette authenticité me permet de créer des liens plus forts avec mon public. J’aime simplement rester vraie.
Lorsqu’on parle de beauté et qu’on occupe une position de leadership, il existe tellement de façons de se créer une sorte d’armure. Mais je crois que se sentir belle de l’intérieur est essentiel pour être une leader confiante et empathique.

Que signifie pour vous l’idée de « donner au suivant » dans le contexte du leadership?
Pour moi, donner au suivant, c’est progresser tout en aidant les autres à progresser. À chaque étape de mon parcours, à mesure que j’apprends, je veille à transmettre ce que j’ai appris.
Si je peux aider quelqu’un à sauter certaines étapes, à progresser plus rapidement ou à avancer d’une manière qui aura des retombées positives à long terme sur sa carrière, alors je veux absolument lui transmettre ces connaissances.
C’est sur ce principe que repose BGV : apprendre et partager. C’est toute la force de la communauté. L’une de nos valeurs fondamentales consiste à ne jamais cesser d’apprendre et de transmettre. Parce que ce sont les leçons tirées de l’expérience qui sont véritablement essentielles pour développer une entreprise. Ce sont des choses qu’on ne peut pas simplement chercher sur Google. Pour faire une recherche, encore faut-il savoir quelle question poser. Et lorsqu’on ignore ce qu’on ne sait pas encore, où peut-on trouver ces connaissances? Auprès de sa communauté.
Que souhaitez-vous que chaque femme accompagnée par Black Girl Ventures retienne de son expérience? Et qu’espérez-vous qu’elle en fasse?
Je veux que chaque femme qui participe à BGV ressente un véritable sentiment d’appartenance. On peut avoir beaucoup de connaissances et d’ami(e)s, mais le sentiment d’appartenir à une communauté procure une capacité d’agir et un sentiment d’autonomie qu’aucune autre expérience ne peut offrir. Et pour réussir en affaires, nous avons besoin de sentir que nous avons le pouvoir d’agir; nous avons besoin de nous sentir autonomes et capables d’avancer. J’espère que chacune se sentira incluse et qu’elle aura le sentiment de faire partie de quelque chose qui la dépasse.
