
L’Estée Lauder Emerging Leaders Fund a pour mission de soutenir les femmes de tous les horizons, de tous les secteurs et de tous les domaines. C’est pourquoi le Fonds s’est associé au Center for Asian Pacific American Women (CAPAW), un organisme sans but lucratif qui œuvre à favoriser l’épanouissement des communautés américaines d’origine asiatique, autochtones hawaïennes et insulaires du Pacifique en renforçant les capacités de leadership, en créant un réseau de soutien et en consolidant les communautés.
« Le développement des personnes est pour moi une valeur fondamentale », explique Sue-Ann Hong, présidente et cheffe de la direction du Center. « Je contribue non seulement à former les leaders de demain, mais aussi des personnes qui auront un impact dans leur communauté. »
Nous nous sommes entretenus avec Sue-Ann Hong pour en apprendre davantage sur son parcours de leadership et sur la façon dont elle trace sa propre voie.
Quel genre de leader êtes-vous?
J’accorde une importance fondamentale aux relations humaines et à la confiance. J’aide les autres, tout particulièrement dans le domaine du leadership, car je cherche à réduire les inégalités d’accès. Je veux m’assurer que les moyens financiers ou la richesse ne déterminent pas qui peut avoir accès à une formation en leadership et aux connaissances qui l’accompagnent. J’espère ainsi ouvrir des portes aux femmes qui n’ont pas accès à ces privilèges et leur offrir davantage de possibilités.
Qu’est-ce qui alimente votre passion pour votre travail?
Je suis moi-même immigrante. Je suis arrivée aux États-Unis en provenance de Séoul, en Corée, à l’âge de 8 ans, puis je me suis installée dans la péninsule supérieure du Michigan. Ma tante, la sœur aînée de ma mère, m’a adoptée et m’a montré ce que pouvait être un modèle féminin fort. Elle a fait preuve d’un grand courage : elle était célibataire, elle a adopté un enfant, elle était elle-même immigrante et elle cherchait véritablement à bâtir une vie meilleure.
Je fais de mon mieux pour soutenir les femmes en début de carrière. C’est une mission qui me motive profondément, car je crois que nous pouvons faire une réelle différence lorsque les femmes bénéficient de ce soutien dès le début de leur parcours. C’est particulièrement vrai pour les femmes asiatiques-américaines qui occupent des postes de gestion intermédiaire : leur progression finit parfois par stagner. Je sais que ce n’est pas une question de compétences; bien souvent, c’est une question de perception. Je veux déconstruire ce mythe et ces stéréotypes afin d’offrir à ces femmes davantage d’occasions d’aller plus loin et de contribuer davantage.

Qu’est-ce qui vous a menée au CAPAW?
J’y suis arrivée un peu par hasard, mais avec le recul, je me dis que ce n’en était peut-être pas un. J’ai toujours été passionnée par le développement du leadership et j’ai toujours encouragé les gens à réfléchir à la prochaine étape de leur parcours, à ce qu’ils souhaitaient accomplir, à la direction qu’ils voulaient prendre. C’est vraiment ce qui me passionne.
Le Center for Asian Pacific American Women a été fondé par Martha Lee et 18 autres femmes asiatiques-américaines en 1994. J’en ai pris la direction en 2018 et je me suis attachée à consolider les fondations de l’organisation. Il fallait mettre en place une infrastructure, puis la développer.
Je me considère comme une bâtisseuse et je crois que c’est l’une de mes forces. J’espère que mon expérience au sein d’une entreprise du classement Fortune 40 [Note de la rédaction : Hong a occupé un poste de direction chez State Farm Insurance Companies pendant plus de 28 ans] m’a appris à mobiliser les autres pour bâtir quelque chose ensemble. C’est cet esprit de collaboration que j’ai apporté au CAPAW. Pour vraiment faire une différence, il faut collaborer et élargir son champ d’action, plutôt que d’essayer de tout faire soi-même.
Nous voulons nous concentrer sur le développement de ces femmes selon une approche qui part de l’intérieur, car nous estimons que, pour devenir une meilleure leader, bâtir une vie meilleure et définir une vision pour son avenir, il faut tenir compte de la personne dans sa globalité. À l’issue du programme, les participantes doivent à leur tour avoir un impact sur 25 personnes ou plus au sein de leur communauté.
Selon vous, comment chaque chapitre de votre vie a-t-il contribué à faire de vous la personne que vous êtes aujourd’hui?
J’en suis aujourd’hui à une étape où je mets pleinement à profit tout ce que j’ai à offrir. Et je continue à apprendre énormément. L’apprentissage est un thème récurrent, un véritable fil conducteur de mon parcours. La capacité d’apprendre et de s’adapter est l’une des qualités les plus importantes qui soient.
Pendant mes études, il s’agissait surtout pour moi d’apprendre à créer un réseau et à rencontrer de nouvelles personnes. J’ai étudié à l’Université du Kansas, en plein cœur des États-Unis. Apprendre à côtoyer des personnes différentes et à nouer des amitiés avec des gens de tous horizons m’a permis d’élargir ma vision de ce qu’est une communauté.
Puis, au début de ma carrière, j’ai appris à m’adapter à n’importe quel environnement. Savoir évoluer dans une culture différente lorsqu’on est la seule personne comme soi, ou que l’on se distingue fortement des autres, oblige à développer très tôt sa résilience. Lorsque j’ai commencé à travailler, je ne savais rien. J’étais très naïve. Je ne savais pas comment m’adresser aux gens dans un contexte professionnel. Le monde des affaires possède ses propres codes : la communication, les dynamiques internes, la manière d’évoluer dans un environnement d’entreprise, la compréhension des attentes. C’est ce que j’ai appris au début de ma carrière et c’est ce qui m’incite aujourd’hui à aider les autres à se développer, à se faire voir et entendre et à progresser professionnellement.
Aujourd’hui, à la tête du CAPAW, j’ai le sentiment d’accomplir le travail qui me correspond le mieux. C’est ce que je veux faire, l’héritage que je souhaite laisser, ce qui me tient le plus à cœur. C’est exactement là que je dois être.
Quelle influence votre héritage culturel a-t-il eue sur votre rapport à la beauté?
Tout ce dont je me souviens, c’est de feuilleter le magazine Seventeen et de n’y voir que des femmes blanches. Je ne me reconnaissais pas dans cette vision de la beauté. Je ne me voyais tout simplement pas représentée.
Aujourd’hui, pour moi, la beauté, c’est lorsque l’apparence extérieure reflète la confiance que l’on a en soi. Il s’agit de faire ressortir ce que l’on a à l’intérieur et de réunir toutes les facettes de sa personnalité. J’aime le fait que les femmes puissent être belles de tant de façons différentes. Quant aux produits de beauté, ce ne sont que des outils : ils servent simplement à mettre en valeur la personne que vous êtes déjà.
Que souhaitez-vous que chaque femme accompagnée par le CAPAW retienne de son expérience? Et qu’espérez-vous qu’elle en fasse?
Cela se résume à trois choses.
1. D’abord, je veux qu’elles sachent qu’elles ont le choix. Au fil d’une carrière, on peut parfois penser qu’il faut rester à un endroit pour différentes raisons : les avantages sociaux, le salaire, etc. Ce que je leur dirais, c’est qu’elles ont énormément à offrir. Alors, regardez autour de vous et sachez que vous avez le choix. C’est vous qui êtes aux commandes de votre vie et de votre carrière.
2. Ensuite, je veux qu’elles aient confiance en elles. Qu’elles comprennent que leur voix compte et qu’elles la fassent entendre. Qu’elles défendent leurs intérêts, tout en réfléchissant aux personnes qu’elles peuvent aider à progresser avec elles.
3. Enfin, je veux qu’elles sachent qu’elles ne sont pas seules. Elles font partie d’une communauté, d’une sororité, et peuvent compter sur de nombreuses personnes prêtes à les soutenir grâce au réseau du CAPAW et à celui de ses organismes partenaires.
